GRAND ENTRETIEN — FRANCE-AFRIQUE
Vincent Ledoux : « La cohérence entre la parole et les actes » Le député du Nord expose sa méthode pour renouveler les relations entre la France et les pays africains : écouter les attentes, évaluer les engagements et construire des partenariats aux bénéfices partagés.
GRAND ENTRETIEN — FRANCE-AFRIQUE
Vincent Ledoux : « La cohérence entre la parole et les actes »
Le député du Nord expose sa méthode pour renouveler les relations entre la France et les pays africains : écouter les attentes, évaluer les engagements et construire des partenariats aux bénéfices partagés.
Comment transformer les promesses de renouvellement des relations France-Afrique en résultats concrets pour les populations ? Dans cet entretien accordé à Plume du Monde, Vincent Ledoux présente les ambitions de sa mission : dresser le bilan des transformations engagées depuis 2017, examiner le suivi des engagements de Nairobi et proposer des orientations à l’horizon 2035. Place des diasporas, accompagnement des entrepreneurs, circulation des personnes, emploi et formation : le député du Nord détaille les principaux chantiers à examiner. Ses conclusions sont attendues au début de 2027. Au cœur de sa démarche, une exigence : faire correspondre les engagements aux réalisations pour construire une confiance durable.
Propos recueillis par David Pem
Plume du Monde : Votre lettre de mission fixe trois objectifs : dresser un bilan, examiner le suivi des engagements de Nairobi et proposer des orientations pour la prochaine décennie. Quels résultats tangibles souhaitez-vous présenter au Premier ministre au début de 2027 ?
Vincent Ledoux : La mission commence : il serait prématuré d’en annoncer les conclusions. En revanche, son cap est clair. Il s’agit d’établir un bilan documenté des transformations de la relation depuis 2017, d’examiner le suivi des engagements de Nairobi et de proposer des orientations à l’horizon 2035. Je souhaite apporter au Premier ministre une appréciation précise de ce qui a changé, de ce qui reste difficile et des conditions permettant d’avancer. Les recommandations viendront au terme de ce travail d’écoute et d’analyse.
Votre lettre de mission vous demande d’évaluer les transformations engagées depuis le discours de Ouagadougou en 2017 jusqu’au sommet de Nairobi en 2026. Qu’est-ce qui change concrètement par rapport à l’ancienne approche des relations entre la France et les pays africains ?
Vincent Ledoux : L’ambition exprimée à Ouagadougou est d’élargir la relation : dans ses interlocuteurs, dans ses domaines de coopération et dans sa géographie. Aux relations indispensables entre États s’ajoute une attention accrue aux jeunesses, aux sociétés civiles, aux diasporas, aux entrepreneurs et aux créateurs. Il s’agit également de considérer les pays africains dans toute leur diversité et leur capacité à produire des solutions. Notre travail consiste précisément à examiner comment cette ambition s’est traduite dans les politiques, les instruments et les pratiques.
Comment allez-vous vous assurer que votre mission parte des priorités exprimées par les capitales africaines et leurs populations, plutôt que d’une vision définie à Paris ?
Vincent Ledoux : Cela commence par la manière de conduire la mission. Il faut croiser les regards des responsables publics africains avec ceux des entrepreneurs, des chercheurs, des associations et des jeunes. Ces voix ne disent pas toutes la même chose, et c’est justement cette diversité qu’il faut entendre. Une priorité définie à Dakar n’est pas nécessairement celle exprimée à Nairobi ou à Kinshasa. L’enjeu est de comprendre comment les priorités des partenaires sont prises en compte dès la conception des coopérations, puis dans leur mise en œuvre.
Pensez-vous que cette mission permettra de mieux comprendre les préoccupations des Africains à l’égard de la France ? Comment allez-vous recueillir ces attentes et les traduire en recommandations ?
Vincent Ledoux : Je souhaite que cette mission contribue à mieux comprendre les attentes, mais aussi les incompréhensions et les déceptions éventuelles. Les auditions et les contributions doivent nous permettre de partir de situations concrètes : une mobilité empêchée, une formation réussie, un projet économique qui aboutit ou qui reste bloqué. Il faudra ensuite distinguer les difficultés propres à un contexte des problèmes récurrents. C’est ainsi que l’écoute pourra déboucher sur des propositions utiles, avec des responsables identifiés et des moyens réalistes.
Votre lettre de mission mentionne les diasporas comme des acteurs du partenariat. Comment peuvent-elles jouer un rôle concret dans les nouvelles relations entre la France et les pays africains ?
Vincent Ledoux : Les diasporas participent déjà à la relation par leurs engagements familiaux, associatifs, économiques, scientifiques ou culturels. Elles apportent des compétences, des réseaux et une connaissance de plusieurs sociétés. La mission doit examiner comment cette contribution est reconnue et quels obstacles en limitent la portée. Je tiens aussi à un principe : personne ne doit être assigné à un rôle en raison de ses origines. Il s’agit de permettre à celles et ceux qui le souhaitent de prendre pleinement leur place dans ces partenariats.
Dans le prolongement de cette place donnée aux diasporas, comment les binationaux et les entrepreneurs peuvent-ils servir de ponts concrets entre la France et les pays africains ?
Vincent Ledoux : Ils peuvent faciliter la rencontre entre des compétences, des marchés et des projets, grâce à leur connaissance de plusieurs environnements. Mais ces liens humains ont besoin de conditions pratiques pour se développer. Je souhaite notamment examiner l’accès au financement, la circulation des personnes, la lisibilité des dispositifs et la continuité de l’accompagnement. Le bon point de départ, c’est le parcours réel d’un entrepreneur : de son idée jusqu’à la réalisation du projet. Où trouve-t-il un appui ? Où rencontre-t-il un obstacle ?
Comment rapprocher les initiatives françaises et européennes des priorités africaines, notamment la création d’emplois, la formation professionnelle et le transfert de compétences ?
Vincent Ledoux : En partant des besoins exprimés par les partenaires et des effets attendus pour les populations. Sur l’emploi et la formation, par exemple, il faut regarder si les compétences acquises répondent aux besoins des entreprises et permettent une insertion durable. Le transfert de compétences suppose aussi que les partenaires puissent s’approprier les savoir-faire et les développer dans la durée. La mission examinera donc l’articulation entre les dispositifs proposés, les priorités locales et leurs résultats concrets.
Votre mission doit examiner à la fois le renforcement de la présence économique française et la transformation économique du continent africain. Comment faire converger ces objectifs dans des partenariats équilibrés ?
Vincent Ledoux : Un partenariat solide doit produire des bénéfices identifiables de part et d’autre. Pour les partenaires africains, cela peut signifier davantage d’emplois, de valeur créée localement et de compétences. Pour la France, des débouchés, des coopérations durables et des relations économiques renforcées. Ces intérêts doivent être exprimés clairement et discutés ensemble. Je souhaite que nous examinions ce double bénéfice dans les projets concrets : ce qu’ils apportent au développement du partenaire et ce qu’ils construisent dans la relation avec la France.
La lettre vous demande de mieux mobiliser le levier européen. Les relations avec les pays africains doivent-elles désormais être davantage pensées dans un cadre européen, en complément des relations bilatérales ?
Vincent Ledoux : La dimension européenne fait pleinement partie du périmètre de la mission. Elle s’inscrit dans une histoire déjà ancienne et complète les relations bilatérales. L’enjeu est d’identifier les domaines dans lesquels l’échelle européenne apporte une capacité d’action supplémentaire : financement, infrastructures, formation ou recherche, par exemple. Il faudra aussi regarder comment les interventions françaises et européennes s’articulent du point de vue des partenaires africains. Leur cohérence et leur lisibilité sont essentielles pour construire des coopérations dans la durée.
Le Premier ministre vous demande d’examiner les conditions d’un suivi rigoureux, transparent et vérifiable des engagements de Nairobi. Quel mécanisme recommanderiez-vous pour que les partenaires et les populations puissent constater les résultats ?
Vincent Ledoux : Je ne souhaite pas arrêter un mécanisme avant d’avoir examiné les dispositifs existants et entendu les partenaires. En revanche, nous pouvons déjà préciser les questions auxquelles un suivi sérieux doit répondre : quel engagement a été pris, qui en est responsable, avec quels moyens, selon quel calendrier et pour quel résultat attendu ? Il faut pouvoir suivre le passage de l’annonce à la réalisation, puis apprécier les effets obtenus. La place des partenaires africains dans cette évaluation sera également un point essentiel.
Pour terminer, quelle priorité souhaitez-vous placer au cœur de votre mission pour construire une relation de confiance durable entre la France, l’Europe et les pays africains ?
Vincent Ledoux : Je placerais au cœur de cette mission la cohérence entre la parole et les actes. La confiance se construit lorsque les engagements sont compris, suivis et tenus, lorsque les difficultés peuvent être dites et lorsque les partenaires participent aux décisions qui les concernent. Cela demande de l’écoute, de la réciprocité et de la continuité. C’est avec cette exigence que j’aborde le travail : comprendre les transformations engagées et identifier les conditions d’une relation durable, utile aux sociétés africaines comme à la société française.
Réponses reproduites à partir de l’entretien transmis. Entretien_Vincent_Ledoux_Plume_du_Monde.pdf??